Philippe Ledent
Philippe Ledent
L'opinion de Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique, chargé de cours à l'UCL.
Opinion

24/03/10 à 15:32 - Mise à jour à 15:32

Accompagner les chômeurs c'est bien ; créer de l'emploi c'est encore mieux !

L'emploi focalise beaucoup l'attention ces derniers jours, sans doute parce qu'après la crise financière et économique, il faut éviter que n'éclate une crise sociale. Je me permets donc d'y revenir une nouvelle fois...

Accompagner les chômeurs c'est bien ; créer de l'emploi c'est encore mieux !

© Isopix

L'emploi focalise beaucoup l'attention ces derniers jours, sans doute parce qu'après la crise financière et économique, il faut éviter que n'éclate une crise sociale. Je me permets donc d'y revenir une nouvelle fois, car les deux dernières semaines ont été l'objet d'échanges virulents au sujet du plan d'accompagnement des chômeurs. On assiste une fois de plus à une "course à l'armement" (cf. une précédente chronique, dans le Trends-Tendances du 11 mars) dans un contexte de dialogue social presque rompu.

Le plan d'accompagnement des chômeurs a pour but de vérifier que les personnes touchant des allocations de chômage cherchent véritablement un emploi. En soi c'est une bonne chose, même si l'efficacité d'un tel système est très difficile à mesurer. On sait en effet que certaines personnes retrouveront un emploi même sans accompagnement, alors que d'autres n'en retrouveront que très difficilement quel que soit le plan mis en place pour les contrôler. Restent alors ceux qui ne cherchaient pas d'emploi et qui en raison du plan ont intensifié leurs efforts de recherche (augmentant dès lors leur probabilité de trouver un emploi). Le bénéfice lié à cette mesure se concentre sur ce dernier groupe, dont on ne connaît que difficilement la taille.

Outre la question de l'efficacité du système, la principale question qui se pose selon moi est de savoir si le même objectif pourrait être rempli par un système moins onéreux. Une dégressivité des allocations de chômage, elle-même conditionnée à l'état de la conjoncture économique par exemple, n'aurait-elle pas le même effet de stimulation pour le groupe visé ? Mais là on quitte le domaine purement économique et on entre dans des questions politiques...

Même en cherchant, on ne trouve pas toujours

On reproche aussi au plan d'accompagnement des chômeurs de contrôler la recherche d'emplois qui en fait n'existent pas. L'économie belge compte en effet presque 600.000 demandeurs d'emploi inoccupés, et beaucoup moins de postes à pourvoir. Cette critique est un faux procès envers le plan d'accompagnement, car elle dépasse ses "compétences". Ici, c'est davantage le manque de politique d'emploi qui est dénoncé. Plutôt donc que d'utiliser le manque de postes vacants pour demander la suppression de l'accompagnement des chômeurs, il devrait être utilisé pour le compléter de politiques d'emploi beaucoup plus agressives.

Ceci ne peut bien sûr pas se faire en décrétant des emplois mais les autorités peuvent encourager les entreprises à en créer. Des mesures visant des infrastructures de qualité (!), des aides à l'emploi par la réduction des coûts salariaux ou l'attraction de multinationales seront toujours les bienvenues. Mais la création d'activité par la création de nouvelles entreprises est certainement le domaine dans lequel la Belgique a le plus d'efforts à fournir.

Stimuler l'esprit d'entreprise...

Selon le dernier rapport du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), en matière d'entrepreneuriat, la Belgique se classe en toute fin de peloton des économies développées. Parmi les nombreux indicateurs étudiés, on relèvera par exemple que moins de 5 % de la population en âge de travailler est impliquée dans une activité d'entrepreneuriat en Belgique. Dans des pays tels que les Etats-Unis, mais aussi la Suisse ou les Pays-Bas, ce pourcentage approche les 10 %. Dans le même ordre d'idées, seulement 46 % des personnes interrogées en Belgique considèrent que l'entrepreneuriat est un bon choix de carrière. Cette proportion monte à 54 % en Allemagne, à 65 % en France et même à 70 % aux Pays-Bas. Or, dans notre économie dont la base est composée de PME, le manque d'entrepreneuriat est préjudiciable au renouvellement et à la croissance du tissu économique.

Dans cette optique, des initiatives privées telles que le salon Entreprendre, qui se tient la semaine prochaine, doivent être saluées. La stimulation de l'entrepreneuriat devrait être aussi une priorité des autorités, car c'est par là que passera l'emploi.

... et corriger le mismatch

Dire qu'il n'y a pas d'emplois pour les chômeurs n'est cependant pas entièrement correct non plus. Par exemple, à lui seul, le VDAB recensait pas moins de 35.000 postes d'emploi ouverts en février 2010 en Flandre, alors que toutes les offres ne passent pas nécessairement par ce canal. En extrapolant un peu, on pourrait raisonnablement imaginer une réduction de plus de 10 % du nombre de demandeurs d'emploi si aujourd'hui les postes vacants étaient pourvus. Ce serait un gain énorme pour l'activité économique et les finances publiques. Mais voilà, l'économie belge souffre d'un important mismatch entre l'offre et la demande de travail. Cela veut dire que de nombreuses personnes à la recherche d'un emploi ne correspondent pas aux qualifications ou aux compétences requises. De même que la stimulation de l'entrepreneuriat, la résorption de ce mismatch, par l'enseignement et la formation, devrait être à mon sens une priorité absolue de la politique économique. L'accompagnement des chômeurs n'en aura que plus de sens.

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