Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/07/13 à 09:51 - Mise à jour à 09:51

A l'origine des turbulences sociales? La classe moyenne!

Quel est le point commun entre les révoltes sociales en Egypte, en Turquie, au Brésil et celles qui ont parfois lieu en Europe ? Ne cherchez pas la réponse : ce sont les classes moyennes ! En tout cas, c'est la thèse défendu par Francis Fukuyama, un historien américain venu s'exprimer cette semaine en Europe dans le cadre des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence et dont Le Monde a publié un avant-goût.

Premier rappel de ce célèbre historien, ce ne sont jamais les pauvres qui sont à l'origine des soulèvements mais les classes moyennes. On l'a vu d'ailleurs avec la Révolution française.

Selon Francis Fukuyama, l'expansion de la démocratie passe toujours par la classe moyenne. Le seul problème pour ces classes moyennes, c'est bien entendu de convertir cette protestation en coalition politique. Au fond, le plus difficile pour cette classe moyenne, c'est de transformer une colère en pouvoir politique !

Quant aux manifestations qui ont eu lieu en Europe, elles sont également le reflet du désarroi de la classe moyenne. Mais avec une grande différence, en Europe, c'est une classe moyenne qui prend conscience de son déclin. C'est une classe moyenne qui vit dans l'angoisse de son déclassement et qui a le sentiment qu'elle vit moins bien que la génération précédente à cause notamment de la mondialisation et des révolutions technologiques ! Deux phénomènes qui, il faut bien le dire, ont surtout profité aux élites.

Ailleurs, c'est-à-dire dans les pays émergents comme en Turquie, au Brésil et même en Egypte, c'est l'inverse, c'est une classe moyenne qui prend conscience de son importance, c'est une classe moyenne qui est plus éduquée que par le passé, qui communique à travers les réseaux sociaux, qui regarde via le Net et les antennes satellite comment vivent les autres. Autrement dit, c'est une classe moyenne qui a gagné de l'importance et qui attend des choses nouvelles que ne demandaient pas ses parents !

En résumé, c'est une même classe moyenne qui est à l'origine des turbulences sociales actuelles, mais pour des raisons différentes. Et c'est la raison pour laquelle l'historien Francis Fukuyama pense que la Chine va, elle aussi, vers quelques turbulences, car la classe moyenne chinoise représente aujourd'hui 400 millions d'individus dont les attentes sont fondamentalement différentes de celles de leurs parents. D'autant que la Chine produit plus de diplômés que ses besoins réels, et donc, la frustration monte car cette même classe moyenne ne trouve pas les emplois qu'elle souhaite. Le danger d'une déstabilisation politique n'est donc pas exclu.

Nos partenaires