Guy Legrand
Opinion

13/10/11 à 15:17 - Mise à jour à 15:17

A l'avenir, soyez ennuyeux !

Soyons juste : en demandant, en couverture du 22 septembre dernier, s'il ne faudrait pas scinder ou nationaliser les banques, nous n'imaginions pas vraiment avoir raison presque aussitôt, et en Belgique de surcroît.

A l'avenir, soyez ennuyeux !

© Photonews

Soyons juste : en demandant, en couverture du 22 septembre dernier, s'il ne faudrait pas scinder ou nationaliser les banques, nous n'imaginions pas vraiment avoir raison presque aussitôt, et en Belgique de surcroît. C'est qu'en rachetant la banque Dexia Belgique, l'Etat a bel et bien nationalisé l'institution, concrétisant du même coup ce démantèlement, ou scission, que l'on évoquait avec insistance la semaine précédente dans les milieux financiers. D'aucuns craignaient que le gouvernement - ou du moins certains de ses ministres - ne soit tenté d'écarter cette option pour des raisons... politiques : n'allait-on pas, une fois passé le soulagement, lui reprocher de ne pas avoir agi de la même manière avec Fortis ? La question surgira peut-être prochainement, mais le gouvernement est heureusement passé outre.

Le rachat de Dexia ajoutera 1 % à l'endettement de la Belgique, a déclaré le ministre des Finances. Ce n'est pas la mer à boire, au point où l'on en est... D'ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à avoir affronté de pareils tourments. Faut-il rappeler que Washington a dû secourir Citigroup, une des premières banques du monde, et a nationalisé l'assureur AIG, alors numéro 1 mondial ? Ou encore que les géants Lloyds Banking et Royal Bank of Scotland sont passés sous le contrôle de l'Etat britannique ? C'était en 2008, c'est vrai, et la Belgique avait elle aussi "beaucoup donné" à l'époque. Mais peut-être (sans doute ?) ne serons-nous pas les seuls à voir l'histoire repasser les plats, aussi vrai que la recapitalisation des banques est à l'ordre du jour au plus haut niveau européen. Et que la situation de Bank of America, par exemple, en inquiète plus d'un de l'autre côté de l'Atlantique.

Le diable est toutefois dans les détails : il est une affirmation officielle, à première vue très secondaire dans la tempête récente, qui interpelle sérieusement. Dexia, que l'Etat belge n'a pas vocation à cornaquer indéfiniment, serait ultérieurement cédée à une autre banque. Surprenant, n'est-il pas ? Tous les Etats ne vilipendent-ils pas le too big to fail qui les rend otages des grandes institutions financières ? N'a-t-on pas entendu leurs ministres et autres officiels plaider pour des ban-ques de taille plus réduite ? Et ceci même au-delà des scissions recommandées entre banque d'affaires et banque de détail. Qu'est-ce qui empêcherait Dexia de rester indépendante ? En étant contrôlée par les pouvoirs locaux ou, tout au contraire, en étant cotée en Bourse et en disposant alors d'un large actionnariat d'épargnants belges.

Car Dexia était naguère le type même de la banque "terne et ennuyeuse", suivant l'expression consacrée par l'économiste français Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS. On a maintenant compris que ce vocable à première vue péjoratif désigne en réalité la banque de base, sûre et utile à la société. Celle-là même qui fut, hélas, parmi les plus empressées à vouloir jouer dans la cour des grands et tâter de cette "finance moderne" (?) aux rendements grisants. On se souvient en effet que la première victime des subprimes fut, dès août 2007, la banque allemande IKB, spécialisée dans le financement des entreprises industrielles et qui n'avait rigoureusement rien à faire dans cette galère ! Le banquier spéculateur est maintenant voué aux gémonies, mais le banquier sage est-il pour autant valorisé ? Il le faut, pour Dexia comme pour les autres, car on doit pouvoir dire à la profession, sans que cela paraisse injurieux : Messieurs les banquiers, à l'avenir, soyez ennuyeux !

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