Guy Legrand
Opinion

10/11/10 à 14:34 - Mise à jour à 14:33

600 milliards de dollars et moi, et moi, et moi ?

Vous envisagez de vendre des obligations américaines ? Le moment est bien choisi : un gros acheteur se profile, dont l'appétit soutiendra les cours même si vous avez la main un peu leste.

600 milliards de dollars et moi, et moi, et moi ?

© Photonews

Vous envisagez de vendre des obligations américaines ? Le moment est bien choisi : un gros acheteur se profile, dont l'appétit soutiendra les cours même si vous avez la main un peu leste. La Federal Reserve a en effet annoncé des emplettes à hauteur de 600 milliards de dollars, soit 75 milliards par mois jusqu'en juin prochain. Il s'agit là d'un complément aux 1.750 milliards engagés entre décembre 2008 et mars 2010. De plus, comme décidé en août dernier, les montants perçus quand les obligations arrivent à échéance sont automatiquement réinvestis. En pratique, la banque centrale américaine va donc acheter pour quelque 110 milliards de dollars par mois durant les huit prochains mois, soit autant que durant le programme précédent, déployé au plus fort de la crise.

Le but de la manoeuvre est double. D'une part, il s'agit de faire baisser les taux d'intérêt à long terme, de manière à soutenir la conjoncture, toujours faiblarde outre-Atlantique. La Bank of England avait également eu recours à de tels achats d'obligations, qualifiés de "mesures quantitatives", pour répondre à la crise financière. Elle vient par contre de renoncer à en remettre une couche, suite au redressement de bon aloi affiché par l'économie britannique. Quant à la BCE, elle ne veut pas en entendre parler, sa seule entorse à ce principe ayant eu, au début de l'été, pour but spécifique de détendre les taux au profit des maillons faibles de la zone euro. D'autre part, avec ces 600 milliards de dollars, la banque centrale américaine va insuffler des liquidités supplémentaires dans l'économie. Elle espère donc que cet argent ne restera pas dans la poche des vendeurs d'obligations, mais sera au contraire injecté dans le circuit.

La démarche de la Fed témoigne du pessimisme qui prévaut à Washington. L'économie américaine n'est pas au 36e dessous, loin de là. Les Etats-Unis connaissent une croissance qui ferait envie tant au Japon qu'en Irlande. Dans un pays habitué à rebondir assez rapidement après une crise, grâce à l'euphorie très vite retrouvée du consommateur, le ralentissement observé durant les derniers mois est toutefois très mal vécu. Plusieurs observateurs, à commencer par Alan Greenspan, l'ancien président de la banque centrale, ont amèrement ironisé sur le fait qu'en intervenant dans un environnement de croissance déjà faible, une telle décélération pouvait être ressentie comme une récession.

Ces nouvelles mesures quantitatives, déjà désignées par l'acronyme QE2, sont-elles de nature à inverser la vapeur ? Beaucoup en doutent, même au sein de la Fed semble-t-il.

Nouriel Roubini, celui qui avait annoncé la crise immobilière, se demande ainsi pourquoi ces 600 milliards percoleraient dans l'économie, alors que les banques dorment déjà sur 1.000 milliards de dollars excédentaires. La plupart des économistes s'accordent sur le fait que le chômage reste la clé du problème. Pour des dizaines de millions d'Américains, la question est simple : et moi, et moi ? Et mon emploi, et ma maison ? La consommation - et donc la conjoncture - ne pourra rebondir sans apaisements sur ces questions.

Et voilà précisément que le chiffre de l'emploi annoncé vendredi dernier compte parmi les meilleurs indicateurs de l'année ! Le secteur privé a créé 159.000 emplois en octobre, le double de ce qui était attendu, tandis que le chiffre de septembre a été revu de 64.000 à 107.000. C'est moins bien qu'en avril, mais c'est un fameux contraste avec la faiblesse des derniers mois !

Que QE2 soit efficace ou non, tout espoir n'est donc pas perdu...

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